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Melchior Hugo : Blouses blanches et gwenn ha du
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Hugo Melchior: « Blouses blanches et Gwenn Ha Du: La grève oubliée des étudiants en médecine de Rennes »

introduction de Robi Morder :
Le grand mérite du travail qu’’Hugo Melchior met à disposition des lectrices et des lecteurs, au-délà du cas singulier de cette « grève oubliée » des carabins de Bretagne, c’est de rappeler que derrière un grand mouvement national – c’est le cas ici avec la protestation contre la Loi Debré et la réforme des DEUG – se déroulent une multitude de micro-mobilisations aux motivations différentes, hétérogènes. Et la convergence, si elle élargit un rapport de forces, peut aussi « noyer » les revendications spécifiques dans les revendications générales du groupe social qui les porte.
Pour ne prendre que 1973, dont la mémoire collective garde l’image de l’entonnoir qui couvre le chef de Michel Debré, l’histoire nous rappelle qu’il y eut également en février des grèves dans les IUT pour la reconnaissance des diplômes dans les conventions collectives, l’incendie du collège Pailleron à Paris et le début d’une mobilisation contre l’insécurité des bâtiments scolaires que la grève contre la Loi Debré a à la fois continué et effacé ; l’histoire nous rappelle – au travers notamment des photographies et des actualités filmées – que dans l’enseignement technique, outre les revendications spécifiques relatives à la reconnaissance des diplômes, la crainte du chômage (et oui, déjà !), contre « le CET usine », la sécurité des bâtiments et machines, les mots d’ordre et banderoles dénonçaient le racisme. Ils préfiguraient les problématiques touchant l’ensemble de l’enseignement secondaire actuel.
L’auteur utilise l’image et des témoignages, bien souvent dévalorisés. Pourtant, ce qu’ils apportent, c’est au moins de l’épaisseur humaine. Quels habits, quelles coupes de cheveux, quelle largeur des rues dans lesquelles s’écoulent les cortèges, quels équipements des forces de l’ordre, etc. L’image nous dit beaucoup du climat d’une époque, d’un environnement. De même le témoignage, s’il est souvent peu fiable dans le détail des évènements (confusions de dates, de lieux) rapporte une ambiance, un contexte. Evidemment, il faut recouper, éclairer les sources les unes par rapport aux autres. En allant à la recherche de ce que la mémoire efface, en mobilisant les sources et ressources : archives, presse, tracts, témoignages, photographies, et en les recoupant Hugo Melchior fait œuvre d’historien.
Ce n’est pas le premier mouvement des étudiants en médecine en France, ni la première mobilisation étudiante ou lycéenne, ni la première manifestation d’une spécificité bretonne, certes, mais en ces premiers mois de 1973 l’on a affaire à une véritable conjonction multisectorielle de mobilisations qui se nourrissent les unes des autres. Et Hugo Melchior montre bien comment, au travers des revendications manifestes l’on a de manière latente l’expression d’aspirations régionales qui peuvent servir de liant, de ciment, entre ces diverses arènes. Et dans ces secteurs, la répertoire d’action collective ne doit rien à la génération spontanée, sans non plus relever de la manipulation par des minorités : assemblées générales, coordinations, comités de grève, organisation des manifestations doivent à la rencontre entre l’expérience de militants, d’habitus collectifs – notamment renouvelés dans l’après 1968 – et aspirations démocratiques à la prise en main collective de ses propres affaires dans un milieu scolarisé qui se sent apte, de par son niveau de connaissances, à contrôler les délégataires d’un pouvoir de représentation. L’auteur nous renvoie ainsi aux acquis de la sociologie politique.
Je ne peux conclure sans relever la brûlante actualité du livre d’Hugo Melchior sur deux plans : celui de l’usage de la manifestation comme du « maintien de l’ordre », mais, surtout la situation de la médecine et de la santé. Comment ne pas penser aux effets dramatiques du numerus clausus sur notre système sanitaire et hospitalier ? Ces carabins bretons nous font réfléchir : ils mobilisent leur corporation, mais sans corporatisme. En défendant leurs intérêts immédiats ils n’agissent pas pour des intérêts de caste, mais pensent à leur place dans la société, au service de la société reprenant, sans forcément y penser, ce que la charte d’Amiens dénommait la « double besogne quotidienne et d’avenir» du syndicalisme.
Robi Morder Paris, le 27 novembre 2020

édition : décembre 2020

Ce produit a été ajouté à notre catalogue le jeudi 31 décembre, 2020.
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