Le préfacier indique :
« C’est un livre qui aurait pu être écrit à la première personne, tant la sensibilité, la rage, la folie et les réflexions de son héroïne sont rendues présentes au lecteur et attribuées directement à l’auteur. Et pourtant, en préférant la troisième personne et l’effet de distanciation consciente que cette convention entraîne, Sandrine-Malika Charlemagne crée un lien plus fort non seulement avec son lecteur, mais avec ses personnages, ses deux héroïnes, ennemies de chair, ennemies d’origine et de parcours, ennemies de classe dans une certaine mesure, et liées à la vie, à la mort, mère et fille, opaques et transparentes l’une à l’autre, indissociables dans leur haine réciproque, si forte qu’elle en devient une autre forme de l’amour ». Le préfacier aborde, entre autres, l’emprise, la vie intérieure du personnage, l’entrelacement « sans artifice » du temps présent et du temps passé, la préparation d’un meurtre, « le temps suspendu comme à la marge du ciel », la force des monologues, le secret périlleux de la littérature, la violence ordinaire, le devenir étranger·e et possiblement ennemi·e, les espaces visités par le « fantôme maternel », les surprises, des éléments de la narration…

Je propose une lecture très subjective, un cheminement tout en distance et présence derrière les mots. Le temps au singulier de l’énonciation d’Alice, les lieux quotidiens, « Alice se sentait comme une taupe là-dedans, asphyxiée par la profusion des galeries, en veux-tu des boîtes, en veux-tu des barquettes, en veux-tu des paquets, en veux-tu des sachets, en veux-tu des bouteilles, et en veux-tu, en veux-tu… », la Mère souffrante, la sensation d’être démunie et envahie par la culpabilisation, la tristesse d’un jour et sa répétition, les yeux de métisse et l’héritage du Père, le déchirement, « c’était une sorte de déchirement qui lui flanquait un blues monstre », l’impossible dialogue et la réduction de quelques mots au silence, l’embarras et en quelque sorte son rituel, « Elle savaient seulement se parler de manière abrupte », ce qui a pu être transmis et ce qui ne le fut pas…

Dans nos sociétés où la famille est valorisée, la violence des liens familiaux peu interrogée, « Enterrer l’urne du désespoir, le cadre familial moisi avant même d’avoir germé », être étranger·e à ces mondes réduits semble encore être une monstruosité…

Sandrine-Malika Charlemagne construit le décalage, la vie au quotidien, les ami·es et les rencontres, la présence des boites de cartouches, le chômage et les « teneurs de murs », la présence absence de la migration, le blues de l’invasion fantomatique. Ses personnages disent à la fois l’épaisseur du temps, les mémoires toujours réactualisées, les freins sociaux, les possibles contraints, les regards troubles d’accusations, les mécaniques de la confusion. Deux (des) mondes entremêles, des mots qui savent et ignorent les maux, « la honte à en vomir, de cette honte », l’amertume et la mélancolie collées ensemble à l’ombre du mouvement…

L’autrice dit remarquablement la répulsion et son ressenti, la volonté de se débarrasser ou de céder à son embarras, le mutisme d’occuper une place indésirable, l’impossibilité d’apprendre à aimer, la maladresse de ces élans que plus d’un·e recherche et refuse, « Là-dedans, tout semblait si rigide qu’elle en éprouvait une sorte de suffocation », la prison des regards d’autrui, les voix qui tyrannisent, les souvenirs qui obscurcissent le jour, les cris (réels ou imaginaires) qui vous clouent sur une chaise…
Qui d’entre nous n’a pas entendu le grondement et la persistance de la « Voix du Moloch » ?
Qui n’a pas rêvé de gestes découpant le réel, de frontières inaccessibles franchies, de portes ouvertes ou fermées selon, de trou creusé pour que la souffrance ne vienne plus miner le jour ?..
Didier Epsztajn Sandrine-Malika Charlemagne : La voix du Moloch

édition : novembre 2020"/>
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Sandrine Malika Charlemagne : La voix du Moloch
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Petit clip de présentation : https://www.youtube.com/watch?v=oeSQfNjU1dk

Présentation tirée du blog "entreleslignesentrelesmots.blog"
Le préfacier indique :
« C’est un livre qui aurait pu être écrit à la première personne, tant la sensibilité, la rage, la folie et les réflexions de son héroïne sont rendues présentes au lecteur et attribuées directement à l’auteur. Et pourtant, en préférant la troisième personne et l’effet de distanciation consciente que cette convention entraîne, Sandrine-Malika Charlemagne crée un lien plus fort non seulement avec son lecteur, mais avec ses personnages, ses deux héroïnes, ennemies de chair, ennemies d’origine et de parcours, ennemies de classe dans une certaine mesure, et liées à la vie, à la mort, mère et fille, opaques et transparentes l’une à l’autre, indissociables dans leur haine réciproque, si forte qu’elle en devient une autre forme de l’amour ». Le préfacier aborde, entre autres, l’emprise, la vie intérieure du personnage, l’entrelacement « sans artifice » du temps présent et du temps passé, la préparation d’un meurtre, « le temps suspendu comme à la marge du ciel », la force des monologues, le secret périlleux de la littérature, la violence ordinaire, le devenir étranger·e et possiblement ennemi·e, les espaces visités par le « fantôme maternel », les surprises, des éléments de la narration…

Je propose une lecture très subjective, un cheminement tout en distance et présence derrière les mots. Le temps au singulier de l’énonciation d’Alice, les lieux quotidiens, « Alice se sentait comme une taupe là-dedans, asphyxiée par la profusion des galeries, en veux-tu des boîtes, en veux-tu des barquettes, en veux-tu des paquets, en veux-tu des sachets, en veux-tu des bouteilles, et en veux-tu, en veux-tu… », la Mère souffrante, la sensation d’être démunie et envahie par la culpabilisation, la tristesse d’un jour et sa répétition, les yeux de métisse et l’héritage du Père, le déchirement, « c’était une sorte de déchirement qui lui flanquait un blues monstre », l’impossible dialogue et la réduction de quelques mots au silence, l’embarras et en quelque sorte son rituel, « Elle savaient seulement se parler de manière abrupte », ce qui a pu être transmis et ce qui ne le fut pas…

Dans nos sociétés où la famille est valorisée, la violence des liens familiaux peu interrogée, « Enterrer l’urne du désespoir, le cadre familial moisi avant même d’avoir germé », être étranger·e à ces mondes réduits semble encore être une monstruosité…

Sandrine-Malika Charlemagne construit le décalage, la vie au quotidien, les ami·es et les rencontres, la présence des boites de cartouches, le chômage et les « teneurs de murs », la présence absence de la migration, le blues de l’invasion fantomatique. Ses personnages disent à la fois l’épaisseur du temps, les mémoires toujours réactualisées, les freins sociaux, les possibles contraints, les regards troubles d’accusations, les mécaniques de la confusion. Deux (des) mondes entremêles, des mots qui savent et ignorent les maux, « la honte à en vomir, de cette honte », l’amertume et la mélancolie collées ensemble à l’ombre du mouvement…

L’autrice dit remarquablement la répulsion et son ressenti, la volonté de se débarrasser ou de céder à son embarras, le mutisme d’occuper une place indésirable, l’impossibilité d’apprendre à aimer, la maladresse de ces élans que plus d’un·e recherche et refuse, « Là-dedans, tout semblait si rigide qu’elle en éprouvait une sorte de suffocation », la prison des regards d’autrui, les voix qui tyrannisent, les souvenirs qui obscurcissent le jour, les cris (réels ou imaginaires) qui vous clouent sur une chaise…
Qui d’entre nous n’a pas entendu le grondement et la persistance de la « Voix du Moloch » ?
Qui n’a pas rêvé de gestes découpant le réel, de frontières inaccessibles franchies, de portes ouvertes ou fermées selon, de trou creusé pour que la souffrance ne vienne plus miner le jour ?..
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édition : novembre 2020

Ce produit a été ajouté à notre catalogue le lundi 23 novembre, 2020.
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