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Mouvements n°103 : Grèves générales
[revue Mouvements]
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Mouvements n°103 : Grèves générales
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Recomposition des pratiques de la grève mais aussi de celles et ceux qui la pratiquent. Voilà un autre paradoxe : alors que la grève a perdu de son efficacité auprès des salarié·es de l’industrie et de la fonction publique qui y ont le plus facilement recours, on la voit ressurgir sous des formes nouvelles dans ces fabriques de la précarité et du salariat dégradé qu’engendre l’économie de plateforme. Les grèves des employé·es d’Amazon, des coursier·es à vélo ou des chauffeur·es de VTC se révèlent alors plus que jamais indissociablement économiques et politiques, au sens où elles visent non seulement à protester contre des rémunérations et des conditions de travail jugées indignes, mais aussi à attirer l’attention du public sur ces nouvelles zones de non-droit que produit le capitalisme 2.0. Elles soulignent en outre que la grève est à la fois un mode d’action singulier et un répertoire d’action pluriel, qu’il y a différentes façons d’arrêter le travail et de s’assurer que cet arrêt soit concerté, collectif et suivi d’effets. Les chauffeur·es de VTC l’illustrent, qui mobilisent et enrichissent le répertoire gréviste en combinant la déconnexion des plateformes, les actions de blocage et de visibilité, la coordination par les réseaux sociaux et l’empêchement des non grévistes.
L’entrée en grève de ces travailleur·ses (faussement) indépendant·es que sont les « ubérisé·es » invite aussi à sortir d’une vision étroite de la grève. La grève comme cessation concertée du travail n’est pas propre aux relations de production du capitalisme industriel : les esclaves pratiquant le marronage y avaient déjà recours au XIXe siècle, tout comme les tisserands hollandais dès le XIVe siècle. L’historien Marcel Van der Linden rappelle que ce retrait temporaire n’est à l’origine qu’une modalité de la désertion que pratiquaient les esclaves insatisfaits de leur maître. Parmi les exemples connus les plus anciens, il cite celui des Zanj, des esclaves est-africains contraints de travailler dans les mines de sel du sud de l’Irak, qui se révoltèrent en 869 pour s’installer dans une ville qu’ils bâtirent entièrement de leurs mains4. Le large panorama historique et géographique qu’il dresse permet de saisir comment la grève émerge et se différencie d’un ensemble plus vaste de pratiques de résistance du travail subordonné. C’est notamment le droit qui a non seulement rendu certaines formes de grève légales et d’autres non, mais a aussi tracé une séparation entre la grève et d’autres formes d’action qui lui étaient auparavant associées, comme le sabotage, le ralentissement des cadences, l’absentéisme ou la manifestation5.
Rompre avec une vision étroitement juridique et industrielle de la grève implique aussi de rompre avec sa vision masculine, en retrouvant le fil qui relie une histoire féminine de la grève à l’actualité de sa pratique féministe. Les grèves conjuguées au féminin ont ce privilège épistémologique d’éclairer mieux que tout autre conflit l’enracinement du travail dans la vie, l’articulation nécessaire de la production à la reproduction. Les grèves d’ouvrières, contraintes d’accommoder leurs formes de lutte aux rôles socialement assignés aux femmes de tenir le foyer et d’élever les enfants, ont montré que la suspension du travail productif ne signifiait pas la suspension du travail en général. Par extension, les féministes qui se sont réapproprié le langage du mouvement ouvrier pour faire la grève du travail domestique ont ouvert la voie à toute une pratique de la grève pensée comme un moyen de dénoncer les situations où le travail, fourni gratuitement, est dénié comme tel6. On les retrouve aujourd’hui dans les grèves des stagiaires, des bénévoles ou encore des précaires, notamment dans l’enseignement supérieur. Dans ces situations où la valeur du travail n’est pas reconnue, ou bien largement sous-estimée par l’économie conventionnelle, la grève ne peut alors atteindre le plan de la valeur économique qu’en se faisant essentiellement politique et symbolique. Comme l’ont rappelé les Comités unitaires sur le travail étudiant au Québec, cette lecture féministe de la grève éclaire aussi l’histoire du syndicalisme et de la grève étudiante qui se sont construites de la même manière, en convoquant l’imaginaire du mouvement ouvrier, en pensant la condition étudiante comme un moment de production de la force de travail intellectuelle et en posant la revendication du salaire étudiant. Les luttes étudiantes apparaissent dans cette perspective comme une composante d’un mouvement plus vaste pour la reconnaissance du travail reproductif.
Nul doute que cette vogue nouvelle de la grève, cette généralisation de la grève dans les mouvements sociaux situés hors de la sphère du travail conventionnel, des grèves étudiantes et lycéennes aux grèves féministes en passant par les grèves pour le climat ou les grèves du travail numérique, contribue en retour à une prise de conscience croissante de ces enjeux dans le mouvement syndical traditionnel. C’est à la mise en lumière de ces allers-retours, propice à l’émergence d’un langage et d’un imaginaire commun pour les luttes du nouveau siècle, qu’espère contribuer ce numéro de Mouvements.

édition : automne 2020

Ce produit a été ajouté à notre catalogue le lundi 26 octobre, 2020.
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