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Santé et sciences


  • Auslender (dir.) : Omerta à l'hôpital

    En 2013, l'unique enquête nationale réalisée auprès de 1472 étudiants en médecine a permis de chiffrer les violences qu'ils subiraient durant leurs études : plus de 40 % d'entre eux ont déclaré avoir été confrontés personnellement à des pressions psychologiques, 50 % à des propos sexistes, 25 % à des propos racistes, 9 % à des violences physiques et près de 4% à du harcèlement sexuel. De même, 85,4 % étudiants en soins infirmiers considèrent que la formation est vécue comme violente dans la relation avec les équipes encadrantes en stage.
    Pour mieux comprendre cette souffrance, Valérie Auslender lance un appel à témoins en août 2015 et recueille plus d'une centaine de témoignages d'étudiants en profession de santé.
    Suite à leur lecture, neuf experts de renom ont proposé des pistes de réflexion : Didier Sicard, professeur émérite à l'université Paris Descartes et président d'honneur du Comité consultatif national d'éthique ; Christophe Dejours, psychiatre, psychanalyste et expert de la souffrance au travail ; Cynthia Fleury-Perkins, philosophe, psychanalyste et professeur à l'American University of Paris ; Céline Lefève, philosophe et maître de conférences en philosophie de la médecine ; Olivier Tarragano, psychiatre, psychanalyste et directeur du Pôle Santé de Sciences Po ; Gilles Lazimi, médecin généraliste et membre de la commission santé du Haut Conseil de l'Egalité entre les femmes et les hommes ; Emmanuelle Godeau, médecin de santé publique, anthropologue et chercheur à l'Inserm ; Bénédicte Lombart, infirmière, cadre de santé et docteure en philosophie pratique et éthique hospitalière ; et Isabelle Ménard, infirmière puéricultrice et formatrice en institut de formation en soins infirmiers.
    Un document choc pour briser enfin l'omerta.

    édition : mars 2017

    7,80 €
  • Bellahsen : La révolte de la psychiatrie, les ripostes à la catastrophe gestionnaire

    Entre grèves et mobilisations multiples, un mouvement social inédit a remué la psychiatrie française en 2018 et s’est poursuivi ensuite, révélant les effets dévastateurs des restrictions budgétaires et de la rationalisation managériale imposées aux soignants et aux soignés depuis trente ans.
    Nourri de l’expérience de terrain du psychiatre Mathieu Bellahsen et des enquêtes de la journaliste Rachel Knaebel, cet essai retrace d’abord l’histoire de cette catastrophe gestionnaire. Il montre comment la psychiatrie de secteur, promouvant des soins tournés vers l’émancipation des patients, a été étouffée au profit de la gestion normalisante de la « santé mentale ».
    Et comment cette évolution a été favorisée par une nouvelle neuropsychiatrie : de l’autisme à la schizophrénie, le patient comme être humain n’est plus au centre du soin, sont surtout pris en compte les troubles de son cerveau. Ce qui a facilité une attaque en profondeur du service public, cantonné à la gestion des urgences et des plus précaires, au profit d’acteurs privés qui prospèrent sur le marché des prises en charge réputées « scientifiques ».
    Mais, partout, les ripostes s’organisent : Mathieu Bellahsen et Rachel Knaebel relatent les combats de professionnels et de patients pour l’introduction de contre-pouvoirs dans l’institution psychiatrique. Ils remettent la question du soin au centre de la société et permettent le maintien de pratiques alternatives, même dans des structures attaquées par la technocratie. Un livre d’espoir pour les familles, les patients et les soignants, qui ouvre les pistes d’un futur émancipateur pour la psychiatrie et la démocratie.

    édition : mars 2020

    19,00 €
  • Brohm JM : Le sport spectacle de compétition, un asservissement consenti

    Le sport-spectacle de compétition

    Prologue
    La fausse conscience sportive
    Collectifs de pensée et harmonie des illusions
    Les chiens de garde du sport et leurs superstitions
    Dialectique du concret versus formalisme disciplinaire
    L’étourdissement sportif : la conscience mystifiée

    1- L’avènement du sport capitaliste mondialisé
    Complémentarité de l’histoire et de la sociologie
    Discontinuités entre l’agôn antique et le sport moderne
    Le système sportif à la conquête du monde
    L’économie politique mercantiliste du sport
    Contrainte au surpassement et aliénation sportive

    2- La théorie critique du sport
    La sociologie freudo-marxiste de l’institution sportive
    La dialectique historique des fonctions du sport
    La mystification du sport perverti, dénaturé, défiguré
    L’éthos belliqueux de la vision sportive du monde

    3- Le mode de production sportif
    L’économie parasitaire du sport-spectacle
    Métasociologie de l’institution sportive
    Concurrence sociale et chasse aux performances
    La compétition, alpha et oméga du sport
    L’obsession de la course aux records

    4- La massification du sport-spectacle
    La sérialisation grégaire des foules sportives
    Prestige sportif et mobilisations nationalistes
    Le sport, un catalyseur des violences urbaines
    Les ritualisations des cérémonies sportives
    La psychologie de masse du sport-spectacle

    5- L’impérialisme de l’idéologie sportive
    Le sport, un « point aveugle » idéologique
    Le sport, un appareil idéologique d’État
    Le sport, un assujettissement volontaire
    Mirages sportifs et désublimations répressives

    6- L’imaginaire mythologique du sport
    Industrie culturelle et idolâtrie régressive des stars
    Dépassement de soi et culture de la souffrance
    Identifications aux champions et supportérisme
    Les interrogations infantiles des mythes sportifs
    Animalisation des sportifs et exploits animaux

    édition : mai 2020

    15,00 €
  • ConfinéEs : Covid 19, un virus très politique

    Les catastrophes dites naturelles et les pandémies ont ceci en commun que leurs dimensions sociales et politiques jettent une lumière crue sur les failles et les inégalités d’une société. Aux maux qui s’abattent vient souvent s’ajouter une gestion désastreuse de la part des autorités publiques.
    Cet ouvrage éclaire les résistances, sur les cinq continents, à la gestion de la crise sanitaire par les gouvernements. Il décline les engagements citoyens, les solidarités, les grèves, les contestations, les protestations, les alertes, les « retraits » et les propositions alternatives formulées par le mouvement social (syndicats, brigades de solidarité, associations, coopératives…).
    Rédigé au jour le jour pendant les huit semaines de confinement, le livre donne la parole à celles et ceux qui, tout en subissant la pandémie et ses conséquences, maintiennent l’exigence de leurs droits, organisent la solidarité concrète en se substituant aux carences de l’État et tracent des pistes pour une autre politique.

    édition : juillet 2020

    LES CONFINÉ·ES DES ÉDITIONS SYLLEPSE
    Benjamin, Pierre Cours-Salies, Emmanuel Delgado-Hoch, Romain Descottes, Didier Epztajn, Michel Fénard, Emmanuelle Lavignac, Patrick Le Tréhondat, Christian Mahieux, Fernando Matamoros Ponce, Robi Morder, Irène Paillard, Patrick Rozenblatt, Mariana Sanchez, Christine Schmitt, Sylvain Silberstein, Patrick Silberstein, Olivier Warin.

    REMERCIEMENTS
    AG de lutte du Mantois, Agir par la culture, Akina, À l’encontre, Arié Alimi, Autogestión, la otra economía, Axelle, Fabio Barbosa Dos Santos, Marco Bersani, Nicolas Béniès, Aurélien Berthier, Alain Bihr, Bizi, Black South Network, Benoît Borrits, CADTM, Patrick Chamoiseau, China Labour Bulletin, Nara Cladera, Commission antifascisme de l’Union syndicale Solidaires, Francisco Cantamuto, Gérard Chaouat, Dialektic football, Europe solidaire sans frontières, Cooperation Jackson, Jean-Paul Gautier, Serge d’Ignazio, Interpro des Mureaux, Khalil, Karine, Robert Kosmann, Labor Notes, Laboursolidarity.org, Dan La Botz, Laisse Béton, La Izquiera Diario, Manon Legrand, Serge Le Quéau, Thierry Lescant, Cédric Leterme, Pablo F. Luna, Grégoire Mariman, Mediapart, Nathan, New Politics, Pakistan Left Review, Thomas Posado, Christophe Prudhomme, Clément Reboul, Pierre Rousset, Marc Sallas, Philippe Saunier, Claude Serfati, Claudine Silberstein, Rachel Silvera, Réseau syndical international de solidarités et de luttes, SNJ-CGT, Socialist Project, Spectre, Frédéric Thomas, Jean Tortrat, Éric Toussaint, Charles-André Udry, Union syndicale Solidaires, Jean Van Langhenhoven, Mireia Vehí, Jean-Claude Vessillier, Vilaweb, Emmanuel Vire, Au Loong Yu.

    À LA MÉMOIRE DE
    Boualem Benkhelouf, antifasciste albertivillarien, Rafael Gómez Nieto, combattant de la Nueve, Aïcha Issadounène, militante de l’union locale CGT de Saint-Denis et du syndicat CGT du commerce, José María (Chato) Galante, militant antifranquiste, Luis Sepúlveda, écrivain, Éric Loupiac, médecin urgentiste, fauché·es comme tant d’autres par le corona. © ÉDITIONS SYLLEPSE, 2020

    Table des matièrES

    ANTIDOTES UN RÉVÉLATEUR IMPITOYABLE 7
    LE JOUR D’APRÈS A DÉJÀ DÉBUTÉ 15
    éphéméride sociale d’une pandémie 3 MARS-19 MAI 2020 25
    bas les masques INTERSECTION LE CONFINEMENT NE PROTÈGE PAS DU CAPITALISME 185
    TÉMOIGNAGE
    JOURNAL SYMPTOMATIQUE DE MA MALADIE ET DE L’IMPÉRITIE D’UN GOUVERNEMENT COUPABLE 191
    MONDE LIVREURS, AMAZON : DES LUTTES DANS LE « NOUVEAU MONDE » 197
    ÉTATS-UNIS LE GOUVERNEMENT FÉDÉRAL A CHOISI DE NE PAS ÊTRE RESPONSABLE 201
    MEXIQUE ALERTE ROUGE AU CHIAPAS 205
    CHINE LES TRAVAILLEUSES EN PREMIÈRE LIGNE DANS LA LUTTE CONTRE LE CORONAVIRUS 206
    ARGENTINE MASQUES ET COOPÉRATIVES : QUAND L’AUTOGESTION AGIT CONTRE LA PANDÉMIE 208
    4 5 PAKISTAN UNE STRATÉGIE DE GAUCHE CONTRE LE CORONAVIRUS 210
    INDE SUR LA NÉCESSITÉ D’ALTERNATIVES CRÉATIVES ET À LONG TERME 212
    CATALOGNE LE MOUVEMENT INDÉPENDANTISTE FACE AU COVID-19 216
    ÉTATS-UNIS LES GRÈVES DU CORONAVIRUS ET LEURS ENJEUX 219
    FRANCE PRODUCTION DE MASQUES : UNE COOPÉRATIVE À LA PLACE DE L’USINE HONEYWELL DE PLAINTEL ? 223
    MONDE LE RETOUR DE LA FAIM ? LES ALTERNATIVES SONT LÀ ! 227
    FRANCE LES BRIGADES DE SOLIDARITÉ POPULAIRE 232
    ÉTATS-UNIS LE BLACK POWER AU SERVICE DE L’URGENCE 234
    LE JOUR D’APRÈS PERSPECTIVES SOCIALISTES, CORONAVIRUS ET CRISE 236
    PAYS BASQUE 40 ACTIONS À FAIRE DEPUIS CHEZ SOI POUR QUE DEMAIN NE SOIT PAS COMME HIER 246
    GENRE SI LES FEMMES S’ARRÊTENT, LES MASQUES TOMBENT 250
    LE JOUR D’APRÈS PRENONS LA BONNE VOIE ET CHOISISSONS DÈS MAINTENANT LES BONS AIGUILLAGES 256
    LE JOUR D’APRÈS TROIS SCÉNARIOS POUR EXPLORER LE CHAMP DES POSSIBLES À L’HORIZON DE LA SORTIE DE CRISE 258
    5 CORÉE DU SUD DÉFENDRE L’IDÉE DE L’AUTOGESTION ET DU CONTRÔLE 277
    ITALIE COMME S’IL AVAIT ÉTÉ IMPENSABLE DE NE PAS PRODUIRE DE BOULONS OU DE VOITURES PENDANT QUELQUES SEMAINES ! 280
    CANADA LES LUTTES AU TRAVAIL AU TEMPS DE LA PANDÉMIE 284
    CHINE LORSQUE LA SERVILITÉ L’EMPORTE SUR LA LUTTE CONTRE L’ÉPIDÉMIE 286
    FRANCE POUR DES COMITÉS DE SANTÉ PUBLIQUE 293
    ITALIE ASMINISTRATIONS LOCALES ET COLLECTIVITÉS TERRITORIALES: REPRENONS LA CAISSE! 295
    LE JOUR D’APRÈS POURQUOI IL FAUT SOCIALISER L’INDUSTRIE PHARMACEUTIQUE 297
    MONDE LE COVID-19 SUR LE CHEMIN DE LA QUATRIÈME RÉVOLUTION INDUSTRIELLE 299
    NICARAGUA INTERDIT DE RESTER CHEZ SOI 303
    FRANCE RENTRÉE SCOLAIRE ET SURVEILLANCE ET «DÉBROUILLEZ-VOUS» 305
    BELGIQUE MASQUES EN TISSU: DES COSTUMIÈRES S’ORGANISENT POUR SORTIR DU TRAVAIL GRATUIT 310
    accessoires INDEX GÉOGRAPHIQUE ET THÉMATIQUE 317

    20,00 €
  • Da Silva (préface Friot) : La bataille de la Sécu

    Comment a-t-il été possible de construire la Sécurité sociale en 1946 dans un pays où la population dépendait de tickets de rationnement pour se nourrir alors qu'aujourd'hui nous ne serions pas capables de l'étendre dans un pays qui a rarement été aussi riche ? Ce livre propose une histoire des transformations de la protection santé en France de 1789 à nos jours, à travers le prisme des conflits qui l'ont façonnée. Au cours de la Révolution de 1789, alors que les débats sur la place de l'Etat et du capital dans la protection santé se déroulent dans des termes très contemporains, l'Etat refuse de procéder à des réformes d'envergure. Les mutuelles naissent alors comme forme d'auto-organisation malgré les interdits et la répression. Par crainte de leurs velléités révolutionnaires, l'Etat se réapproprie l'esprit des mutuelles par une série de loi à partir de 1852. C'est avec la Première Guerre mondiale que naît véritablement l'Etat social : la conduite et les conséquences de cette "guerre totale" renforcent le rôle de l'Etat dans la société, et son besoin de prendre soin comme de contrôler la population. L'Etat social en France n'est pas le produit de la bienveillance parlementaire mais celui de la guerre. Après 1945, deux logiques en germe depuis un siècle s'affrontent directement : d'un côté, des militants cégétistes issus de la Résistance mettent en place en quelques mois un système de sécurité sociale autogéré par les intéressés, dans la tradition de la "Sociale" initiée par la Commune de Paris ; de l'autre, dès 1946, l'Etat cherche à mettre la main sur la "Sécu" contre le pouvoir populaire. Bientôt, il va modifier les principes de l'institution - de "chacun cotise selon ses moyens et reçoit selon ses besoins" à "chacun paye selon ses moyens et reçoit selon son niveau de risque" . Au gré des réformes, l'Etat social renforce un capitalisme politique où la proximité entre élites politiques et économiques impose des politiques souvent en contradiction avec les aspirations populaires. Si les dépenses de santé ne baissent pas, elles sont de plus en plus contraintes (nouvelle gestion publique) et changent de nature. Au nom de la lutte contre les déficits - c'est l'invention du "trou de la Sécu" -, la politique de ciblage des dépenses vers les plus pauvres et les plus malades ouvre un espace pour l'épanouissement des alliés politiques de l'Etat (médecine libérale, complémentaires santé) et pour le capital (cliniques, industrie pharmaceutique). La pandémie a mis en lumière toute l'absurdité de ces évolutions et l'impérieuse nécessité reprendre le pouvoir sur la sécurité sociale. édition : octobre 2022

    15,00 €
  • Darwin Charles : L'origine des espèces

    La publication en 1859 de L'Origine des espèces a marqué une révolution intellectuelle, comparable à celle qui est associée au nom de Copernic et de Galilée. En proposant une « théorie de la descendance avec modification » et de la « sélection naturelle », Darwin apportait des réponses aux questions qui préoccupaient les naturalistes de son époque. Le caractère radical de ses réponses aussi bien que les problèmes qu'elles laissaient en suspens, ont alimenté d'emblée polémiques et controverses. De là ces ajouts et ces digressions qui, au fil de six éditions successives, en vinrent à obscurcir le propos initial. En élaguant la traduction d'Edmond Barbier de ce qui ne figurait pas dans l'édition de 1859 et en y rétablissant ce qui en avait disparu, le présent volume devrait permettre au lecteur francophone de retrouver cette oeuvre dans sa fraicheur initiale. Présentation de Jean-Marc Drouin. Traduction de Edmond Barbier, revue par Daniel Becquemont. Texte intégral 605 pages édition : janvier 1993

    12,00 €
  • Diamond Jared : Effondrement

    Au rythme actuel de la croissance démographique, et particulièrement de l'augmentation des besoins économiques, de santé et en énergie, les sociétés contemporaines pourront-elles survivre demain ? La réponse se construit à partir d'un tour du monde dans l'espace et dans le temps - depuis les sociétés disparues du passé (les îles de Pâques, de Pitcairn et d'Henderson ; les Indiens mimbres et anasazis du sud-ouest des États-Unis ; les sociétés moche et inca ; les colonies vikings du Groenland) jusqu'aux sociétés fragilisées d'aujourd'hui (Rwanda, Haïti et Saint-Domingue, la Chine, le Montana et l'Australie) en passant par les sociétés qui surent, à un moment donné, enrayer leur effondrement (la Nouvelle-Guinée, Tikopia et le Japon de l'ère Tokugawa). De cette étude comparée, et sans pareille, Jared Diamond conclut qu'il n'existe aucun cas dans lequel l'effondrement d'une société ne serait attribuable qu'aux seuls dommages écologiques. Plusieurs facteurs, au nombre de cinq, entrent toujours potentiellement en jeu : des dommages environnementaux ; un changement climatique ; des voisins hostiles ; des rapports de dépendance avec des partenaires commerciaux ; les réponses apportées par une société, selon ses valeurs propres, à ces problèmes. Cette complexité des facteurs permet de croire qu'il n'y a rien d'inéluctable aujourd'hui dans la course accélérée à la dégradation globalisée de l'environnement. 875 pages édition poche : mars 2009

    14,20 €
  • Dorlet : Santé et capitalisme

    La crise du Covid-19 a révélé de graves incohé- rences dans les politiques de santé et des carences dramatiques dans la gestion et la sécurité sanitaire au sein de pays dits développés. Chacun est désormais conscient qu’au xxie siècle une médecine efficace et accessible est une réalité très précaire.
    À la croisée de l’histoire, de la sociologie et de l’économie, cet ouvrage explique comment fonctionnent et se développent la médecine et les systèmes de soin aujourd’hui à travers le monde. Il nous permet ainsi d’y voir plus clair dans les grands débats relatifs à la santé.
    Qu’est-ce qui rend un système de santé efficace ? Comment se répartissent les inégalités en matière de santé à travers le monde? Quel rôle les puis- sances d’argent ont-elles dans la production et la distribution des soins ? Comment le néolibéra- lisme s’approprie-t-il le secteur de la santé ?
    Traitant de la marchandisation et de la priva- tisation galopante des systèmes de santé, de la transformation des patients en clients et donc en consommateurs, l’ouvrage montre combien la santé et la médecine sont la cible privilégiée de puissances industrielles et économiques.
    Dès lors, la question de la santé soulève une alternative radicale : soit la loi du profit, soit le bien-être du plus grand nombre.

    édition : aout 2020

    15,00 €
  • Gaudillere Izambert Juven : Pandemopolitique

    Nous n’avons pas eu à effectuer le terrible tri des malades » a-t-on pu entendre au printemps 2020. Mais en est-on si sûrs ?
    Loin d’être un geste extraordinaire, le triage fait en réalité partie intégrante des champs de la médecine et de la santé. Seulement, la crise du SARS-CoV-2 a montré que le triage clinique n’était qu’une des dimensions et conséquences d’un triage systémique façonné par les politiques néolibérales et une technocratie sanitaire qui a, de longue date, négligé la santé publique.
    L’essentiel n’est donc pas tant de savoir si nous trions ou pas que de choisir collectivement les modalités du triage et de définir démocratiquement les priorités de notre système de santé. Des expériences alternatives se rappellent à nous et dessinent des horizons différents, du renouveau de la santé communautaire aux potentialités des communs, en passant par l’émergence d’un triage écologique.
    La pandémie ouvre une brèche politique pour penser un autre triage, réinventer notre santé selon d’autres priorités : sociales, écologiques, démocratiques. La crise du SARS-CoV-2 est en cela bien plus qu’une crise sanitaire. Elle est un événement pandémopolitique.

    édition : février 2021

    15,00 €
  • Grimaldi : L'hôpital malade de la rentabilité

    L'hôpital va mal. Il va mal parce que la société va mal. Et notre société va mal parce que les valeurs collectives sont ébranlées par deux processus simultanés : la technicisation qui libère l'homme de la nature, mais peut le rendre esclave de la technique ; la marchandisation qui transforme tout, y compris les rapports humains les plus essentiels, ceux qui engagent la vie et la mort, en un simple commerce. Enfant des CHU, André Grimaldi ne se résigne pas au renversement des valeurs actuelles qui font du médecin un producteur de soins, du malade un consommateur, de la médecine une affaire. Médecin salarié convaincu que l'application du « juste soin au juste coût » exigée par son éthique professionnelle s'accompagne mal des conflits d'intérêts, l'auteur critique les réformes mises en oeuvre qui visent à faire de la santé une marchandise comme les autres et de l'hôpital une entreprise : la tarification à l'activité dite « T2A » qui pousse les médecins à multiplier les actes rentables, le numerus clausus qui a conduit à la pénurie médicale actuelle et à l'importation de médecins étrangers, le développement de consortiums de cliniques privées commerciales, l'arrivée des assureurs privés sur le « marché de la santé ». Quel monde allons-nous laisser à notre jeunesse ? À partir de son expérience personnelle, le professeur Grimaldi nous livre de nombreux exemples de cette déshumanisation à l'oeuvre dans le service public, très souvent des cas ubuesques qui défient le bon sens. Une autre voie est pourtant possible : un système basé sur la solidarité faisant coexister un service public et un secteur privé à but non lucratif. Chef du service de diabétologie-métabolisme du groupe hospitalier de la Pitié-Salpêtrière (Paris). Article tiré du Monde Diplomatique de février 2009 de André Grimaldi, Thomas Papo et Jean-Paul Vernant : Urgences hospitalières saturées, cliniques florissantes, franchises médicales étendues... Traitement de choc pour tuer l’hôpital public Des malades chroniques, en France, ont entamé une grève des soins pour protester contre le paiement de sommes forfaitaires pour les médicaments, les transports en ambulance et les visites médicales. Périlleux, le mode d’action rappelle que la santé ne saurait être un marché « comme les autres ». Or les réformes du financement de la Sécurité sociale et des hôpitaux publics mettent en péril l’accès aux soins pour les malades, le travail des professionnels concernés et la qualité de la médecine. Par André Grimaldi, Thomas Papo et Jean-Paul Vernant La crise des hôpitaux et du système de santé français ne doit rien au hasard. Elle est d’abord due à la pénurie médicale qui résulte de la politique suivie pendant vingt ans, de façon continue, par tous les gouvernements. Pendant cette période, on est passé de la formation de huit mille cinq cents à trois mille cinq cents médecins par an (1). Cette politique malthusienne a été prônée à la fois par certains économistes spécialistes de la santé et par les syndicats de médecins libéraux. Pour les économistes en question, c’est l’offre qui détermine la demande. En diminuant la première, on allait donc réduire la seconde. Cette position paraît d’autant plus étonnante qu’elle ne comprenait, en parallèle, aucune adaptation du système de soins. De façon moins naïve, les syndicats de médecins libéraux estimaient que la diminution du nombre de praticiens leur permettrait d’être en position de force sur le marché. De fait, cette diminution favorise la pratique des dépassements d’honoraires, notamment des spécialistes, laquelle est en grande partie légalisée par la réforme de la Sécurité sociale mise en place par M. Philippe Douste-Blazy. La philosophie de cette pratique est bien résumée par la déclaration du docteur Guy-Marie Cousin, président du Syndicat des gynécologues-obstétriciens de France ; si le dépassement d’honoraires en clinique « ne convient pas aux patients, estime-t-il, il faut qu’ils aillent à l’hôpital se faire soigner par des praticiens à diplôme étranger (2) » ! Conséquence de cette logique, la désertification médicale ne touche pas seulement certains territoires ruraux, mais aussi certaines spécialités inaccessibles à ceux qui n’ont pas les moyens de payer les dépassements d’honoraires. Besoins de santé en augmentation C’est sur ce fond de pénurie, au moins relative, qu’a lieu le débat récurrent sur le « trou de la Sécu ». Pour une part, il s’agit d’un faux débat car les comptes de la Sécurité sociale dépendent non seulement des sorties, mais aussi des rentrées financières. Or le déficit de la branche maladie – 6 milliards d’euros cette année – s’explique largement par le manque de recettes, le chômage entraînant une diminution de celles qui proviennent des cotisations sociales. Ce fait conduit à réfléchir à de nouvelles options moins aléatoires et moins inégalitaires. En effet, à chiffre d’affaires identique, les entreprises employant beaucoup de personnel sont pénalisées par rapport à celles qui en emploient peu. De plus, le gouvernement pratique largement les exonérations de cotisations patronales, sans rembourser intégralement à la Sécurité sociale les dettes induites. Enfin, de nombreux revenus échappent aux cotisations. Président de la Cour des comptes, M. Philippe Séguin a calculé que, si les stock-options étaient normalement assujetties aux cotisations sociales, elles fourniraient 3 milliards d’euros, soit la moitié du déficit de la branche maladie de la Sécurité sociale en 2007 (3). En effet, le budget de cette dernière n’obéit pas aux lois du marché. Le déficit dépendant des dépenses mais aussi des rentrées, c’est-à-dire des moyens alloués par l’Etat, le budget résulte finalement d’une décision politique (4). La vraie question est en réalité celle de l’augmentation des besoins de santé – plus rapide que celle du produit intérieur brut (PIB) – et des choix de société qu’elle implique. Malgré les affirmations de certains statisticiens raisonnant en augmentation relative des coûts, l’accroissement des besoins de santé (et donc de leur coût en valeur absolue) s’explique par cinq développements majeurs : le vieillissement et les pathologies qui lui sont liées ; l’augmentation de l’obésité et de ses complications (aux Etats-Unis, pour la première fois, l’espérance de vie de la population a diminué pour cette raison) ; le développement de l’anxio-dépression et des conduites addictives ; les progrès médicaux plus ou moins importants mais toujours plus coûteux ; leur caractère incomplet, qui provoque l’inflation du nombre de maladies chroniques qu’on ne sait pas guérir mais qu’on peut soigner, à des coûts de plus en plus élevés (sida, diabète, insuffisance rénale, polyarthrite rhumatoïde, insuffisance cardiaque, insuffisance coronaire, ostéoporose, etc.). La France dépense 11 % de son PIB pour la santé – un taux voisin de celui de l’Allemagne, du Canada et de la Suisse ; moins important que celui des Etats-Unis (16 %) ; plus que celui du Royaume-Uni (9 %). Il paraît réaliste de penser que la part de la production de richesse nationale consacrée à la santé devrait continuer à augmenter pour atteindre, en France, 15 % en 2025. Il s’agit là d’un choix de société. Les partisans du libéralisme n’ont d’ailleurs pas d’objection à cette augmentation de la part du PIB consacrée à ce secteur. Ce qu’ils contestent, c’est que ces sommes considérables échappent à la loi du profit. Il est de ce point de vue très frappant que les économistes et les politiques qui fustigent les gaspillages engendrés par les prescriptions inutiles ou les arrêts de travail abusifs n’aient rien à redire concernant trois secteurs de dépense importante. D’abord, le gaspillage de l’industrie pharmaceutique, qui consacre environ 25 % de son chiffre d’affaires au marketing, alors que le marché de la santé n’est pas un marché comme les autres : il est en grande partie socialisé, puisque largement financé par la Sécurité sociale. Un rapport de l’inspection générale des affaires sociales (IGAS) (5) estime que le montant du marketing pharmaceutique est de 3 milliards d’euros par an, sans parler du coût induit par des prescriptions de médicaments nouveaux, plus chers, mais n’apportant pas d’amélioration importante du service médical rendu (par tête d’habitant, la France dépense 50 % en plus pour les médicaments que l’Italie, le royaume-Uni, l’Espagne et l’Allemagne). L’IGAS réclame un arrêt de la course promotionnelle et une réduction de 50 % des sommes allouées au marketing par l’industrie. Ensuite, les partisans de la libéralisation des services restent muets sur les résultats de la privatisation partielle des soins, déjà réalisée dans certains domaines, par exemple pour les assistances respiratoires et nutritionnelles à domicile ou pour le traitement par pompe à insuline. Ces prestations sont assurées par des entreprises privées appartenant à de grands groupes comme Air Liquide ou Nestlé. Or le coût du traitement par pompe à insuline a été multiplié par trois, et ces prestataires ont tendance à empiéter sur les soins réalisés par les spécialistes, y compris ceux des services hospitaliers. Enfin, la France détient le record européen des hospitalisations en milieu privé à but lucratif (23 %). Les cliniques ne sont plus, dans la majorité des cas, la propriété des chirurgiens qui y travaillent, comme c’était le cas par le passé. Elles appartiennent le plus souvent à des sociétés internationales qui ont des activités dans d’autres secteurs que la santé. C’est le cas de la Générale de santé (cent quatre-vingts cliniques), qui vient de racheter l’hôpital de la Croix-Rouge, dans le XIIIe arrondissement de Paris. C’est également le cas d’un nouveau venu, Vitalia, lié au fonds d’investissement américain Blackstone, dont les actionnaires exigent des taux de rentabilité du capital supérieurs à 20 %. Vitalia, qui vient de racheter quarante cliniques, poursuit son offensive. De même, le fonds d’investissement 21 Centrale Partners, lié à la famille Benetton, a acquis la clinique Chanteclair, à Marseille, « base d’un futur pôle d’excellence constitué de plusieurs cliniques ». Le secteur de la santé français attire donc des capitaux internationaux en attente d’une vague de privatisations. C’est dans ce contexte qu’a été mis en œuvre le financement des hôpitaux appelé T2A (tarification à l’activité), dont le but déclaré est de diminuer le coût des hôpitaux. Et l’objectif, inavoué, d’augmenter le financement des cliniques. En fait, le financement ne se fait pas en fonction d’une « activité » (ou soin) comme annoncé, mais de codes sensés regrouper des pathologies similaires. Or ces codes sont largement « biaisés » car il existe environ dix mille pathologies pour seulement sept cents codes définissant des groupes « homogènes » de séjours (6). Chaque groupe se révèle en réalité hétérogène et comporte plusieurs pathologies. Comme par hasard, au sein d’un même groupe « homogène », les pathologies simples correspondent à l’activité principale des cliniques privées, alors que les plus complexes et les plus graves correspondent à l’essentiel de l’activité des hôpitaux publics. Ainsi, la sinusite chronique est pour la clinique, la tumeur ORL pour l’hôpital ; la sciatique pour la clinique, la fracture du rachis pour l’hôpital ; le stimulateur cardiaque pour la clinique, l’insuffisance cardiaque pour l’hôpital. De plus, lorsqu’il s’agit d’activités purement hospitalières, tels le traitement des leucémies ou les réanimations les plus lourdes, leur financement a souvent été sous-estimé. Avoir en permanence des lits vides Il suffit d’examiner ce que révèle la prétendue convergence public-privé fixée par le gouvernement pour l’horizon 2012 pour comprendre l’objectif réel de la réforme du financement des hôpitaux. En effet, cette notion est aberrante en raison d’une différence structurelle des coûts. Ainsi, l’hôpital doit assurer la permanence des soins vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Cela signifie qu’il doit toujours avoir des lits vides prêts pour faire face à tout besoin aigu (épidémie de bronchiolite, canicule, etc.). Contrairement à une clinique, il ne peut donc pas viser une occupation à 100 %. Ne pas financer les 15 % à 20 % de places vides, ce serait comme payer les pompiers seulement quand il y a le feu ! Pour la même raison, une partie des hospitalisations ne sont pas prévisibles. Or, pour une pathologie identique, une admission non programmée coûte environ 60 % plus cher qu’une admission programmée. De plus, le privé a l’habitude de faire pratiquer ailleurs les examens complémentaires nécessaires avant l’entrée en clinique (prises de sang, électrocardiogramme, radios...), ce qui permet d’externaliser leurs coûts, contrairement à l’hôpital public, qui réalise lui-même les examens (7). La T2A est faite pour mesurer la quantité, pas la qualité ; les procédures standardisées, pas la complexité ; les gestes techniques, pas l’acte intellectuel. Elle ne prend en compte ni la gravité, ni l’activité de services hospitaliers hautement spécialisés, ni la précarité, ni les problèmes psychologiques, ni l’éducation du patient... Autrement dit, elle est à peu près adaptée ou du moins adaptable aux pathologies relevant d’actes techniques et de procédures bien définies comme la radiologie, mais elle se révèle inadaptée et probablement inadaptable pour l’essentiel de l’activité des services de médecine (médecine interne, maladies infectieuses, diabétologie, rhumatologie, gériatrie, neurologie...) des hôpitaux publics. Au demeurant, même pour une pathologie simple bien codifiée (intervention pour des varices ou pour une prothèse de hanche), on ne peut comparer l’intervention faite à l’hôpital par un jeune chirurgien aidé d’un senior et celle faite, en ville, par un senior expérimenté qui a appris son métier des années auparavant, à l’hôpital, et qui pratique des gestes réglés « à la chaîne ». Enfin, les salaires des médecins sont inclus dans les coûts hospitaliers, alors que les honoraires des médecins et des chirurgiens ainsi que les sommes versées par la Sécurité sociale pour payer en partie leurs assurances n’en font pas partie pour les cliniques privées. Conçue à l’évidence en faveur des cliniques, la mise en place de la T2A a entraîné une augmentation de 9 % du codage d’activité desdits établissements. Certaines disposent d’ailleurs d’un logiciel permettant de trouver le codage correspondant à la facturation maximale pour la Sécurité sociale. Le déséquilibre est d’autant plus évident que, pour ce qui concerne les missions de service public, il a été prévu une enveloppe correspondant à seulement 10 % des recettes globales fournies par la T2A. Comme attendu donc, 90 % des hôpitaux publics – dont vingt-neuf des trente-deux centres hospitaliers universitaires (CHU) – vont être en déficit, voire en faillite. Pour les CHU, le trou devrait être de 400 millions d’euros, dont 200 pour l’Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP) et 35 pour l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière. Ce déficit servira d’argument pour tenter d’augmenter encore la productivité. Directeur général des Hospices civils de Lyon, président de la Conférence des directeurs généraux de CHU, M. Paul Castel a récemment réclamé une révision du statut administratif des hôpitaux : « Seul un traitement de choc au travers d’un changement de statut permettra aux CHU d’acquérir la souplesse indispensable à leur compétitivité dans un environnement concurrentiel (8). » A cette fin, il préconise le passage à un statut d’établissement public industriel et commercial (EPIC), et non plus administratif (EPA), donnant aux gestionnaires « plus d’autonomie dans le recrutement et la gestion des personnels » : « Les directeurs passeraient des contrats avec les équipes médicales afin d’attribuer un intéressement. » En clair, il s’agit d’en finir avec le statut de la fonction publique et d’embaucher les personnes sous contrat de droit privé afin, notamment, de pouvoir les licencier plus facilement. Le déficit permettra également de justifier l’abandon de certaines activités, la restructuration d’autres, voire la fermeture pure et simple d’établissements ou leur transformation en maisons de retraite ou en centres de soins de suite. Certains pourront être vendus au privé. Si on peut comprendre que des services de chirurgie n’ayant plus d’activité suffisante ou n’offrant pas la sécurité requise doivent être fermés, il faut voir que ces fermetures se feront en faveur des cliniques privées. Etonnamment, celles-ci ne semblent pas soumises aux mêmes exigences pour maintenir leur activité, comme on l’a observé lors du développement de la chirurgie de l’obésité (après une enquête de l’assurance-maladie, les actes de chirurgie digestive de l’obésité sont passés de seize mille en 2002 à dix mille en 2003 !). Qu’importe, peut-on penser, que les patients soient opérés en clinique si la qualité est suffisante, et tant mieux si cela coûte moins cher à la Sécurité sociale et donc à la collectivité. C’est oublier le coût pour le patient lui-même, avec des dépassements d’honoraires devenus exorbitants – selon l’IGAS, ils atteignent 2 milliards d’euros par an (9). A Paris, il est commun de devoir payer des dépassements de l’ordre de 500 à 1 000 euros pour une cataracte ; pour une prothèse de hanche, 3 000 euros pour le chirurgien et 1 000 euros pour l’anesthésiste. Ces phénomènes ne touchent pas seulement les cliniques mais concernent également l’activité privée au sein des hôpitaux publics. Il s’y pratique des dépassements d’honoraires qui, bien souvent, ne correspondent plus à aucune règle éthique : le médecin ou le chirurgien compare ses revenus à ceux d’un grand patron, d’une star du show-business, d’un champion du ballon rond. De même, quand on a fait entrer dans les têtes que « l’hôpital est une entreprise », on ne doit pas s’étonner que les internes en grève trouvent normal de bloquer la production, c’est-à-dire de faire la « grève des soins ». Finalement, quand on met bout à bout les différentes mesures – franchises, dépassements d’honoraires, menaces de déconventionnement, développement (grâce à des taux élevés de rentabilité) du secteur privé à but lucratif –, on ne voit qu’une cohérence : la limitation de la part du financement par la Sécurité sociale au profit d’un rôle de plus en plus important laissé aux assurances complémentaires, et en particulier aux assureurs privés. Leur participation au financement de la santé risque de déboucher non pas sur une médecine à deux vitesses, mais sur une médecine à dix ou vingt vitesses. Chacun choisirait une assurance « à la carte », non en fonction de ses besoins, mais selon ses moyens. Qui fera les frais de cette privatisation ? Ni les classes les plus riches ni les couches moyennes supérieures. Mais pas davantage les plus pauvres, bénéficiaires de la couverture-maladie universelle (CMU). Les couches moyennes inférieures, qui gagnent entre une fois et deux fois le smic par mois, seront en revanche frappées au premier chef. Soit plus de 50 % des salariés. Deux voies de réforme La progression quasi inexorable d’une politique remettant en cause un service public que nous enviaient les autres pays opère grâce à une véritable stratégie. Et à ses six instruments : 1. Le « bon sens » comptable. Il permet de dissimuler l’objectif du profit et d’occulter l’idéologie qui sous-tend la nouvelle politique de la santé. Ce bréviaire comporte quelques phrases-clés : « La médecine est une marchandise comme les autres » ; « Seul le marché est efficace pour régler les besoins » ; « La garantie de l’emploi est un luxe d’un autre âge ». 2. Le cheval de Troie. Plusieurs responsables administratifs de très haut niveau, comme le directeur de la Caisse nationale d’assurance-maladie (CNAM), M. Frédéric Van Roekeghem, se comportent comme des adversaires du service public, et semblent militer en faveur de sa privatisation. 3. Les transfuges. Des économistes ou gestionnaires venus de la gauche ont rallié la politique libérale. C’est le cas de M. Gilles Johanet, ancien directeur de la Sécurité sociale devenu directeur médical des assurances AGF, qui avait proposé une assurance médicale d’excellence à 12 000 euros par an destinée aux chefs d’entreprise. C’est le cas également de M. Jean de Kervasdoué, directeur des hôpitaux de 1981 à 1986, devenu résolument favorable au développement du secteur privé au sein des hôpitaux publics et au changement de statut de ces derniers – ce qui leur permettrait de licencier pour raisons économiques (10). 4. Certains syndicats. La réforme a bénéficié de la collaboration de nombreux syndicats, en particulier médicaux, attirés par le hochet des jeux de pouvoir introduits par la nouvelle gouvernance. 5. Les responsables politiques. Ils utilisent la tactique du « pied dans la porte, main sur le bras » tirée du manuel du bon vendeur. Ensuite, on pousse un peu pour élargir l’entrebâillement, tout en faisant croire aux victimes qu’on agit pour leur bien. Cela a commencé par la franchise de 1 euro sur la consultation, avant de concerner les boîtes de comprimés et les transports. Puis vient l’augmentation des tarifs. Toujours, bien sûr, au nom de la défense sacrée de la Sécurité sociale, dont, la main sur le cœur, on sape avec application les fondements. Au bout de la route, on fera appel aux assureurs privés pour mettre de l’ordre dans le système et stopper l’arbitraire des dépassements d’honoraires... 6. Le fractionnement des résistances. Les gouvernants ont, jusqu’à présent, su jouer des divisions catégorielles, CHU contre centres hospitaliers régionaux non universitaires, grands centres hospitaliers contre petits hôpitaux de proximité, professeurs des universités -praticiens hospitaliers (PU-PH) contre praticiens hospitaliers non universitaires (PH), internes contre seniors, patients pris en charge à 100 % (au titre des affections de longue durée) contre patients non pris en charge à 100 %, etc. Afin de contrer cette politique, les défenseurs du service public pourraient lui opposer une réforme partant des besoins de la population et visant à garantir l’égalité d’accès aux soins. Solidaire, le système de financement doit être assuré par les cotisations sociales et par l’impôt. De ce point de vue, si l’on peut accepter, voire souhaiter, que coexistent un service public et des établissements privés à but non lucratif, il n’y a aucune raison que le financement public continue à enrichir les actionnaires de sociétés à but lucratif telles que la Générale de santé – qui vient de décider de verser 420 millions d’euros à ses actionnaires –, Vitalia, ou 21 Centrale Partners. Deux voies de réforme du système de santé s’opposent. L’une, néolibérale de privatisation rampante, vise à transférer les coûts vers les ménages et les assureurs privés selon la formule : « A chacun selon ses moyens ». L’autre, républicaine, égalitaire, cherche à défendre le principe du : « A chacun selon ses besoins socialement reconnus ». Elle s’emploie à la fois à rénover le service public et à remettre en cause les dérives mercantiles des pratiques médicales ainsi que celles des industriels de la santé. 285 pages édition : mai 2009

    20,00 €
  • Klein Etienne : Il était sept fois la révolution, Einstein et les autres

    Certaines révolutions sont lentes et ne font pas couler de sang. Entre 1925 et 1935, la physique connaît un tel bouleversement : les atomes, petits grains de matière découverts quelques années plus tôt, n'obéissent plus aux lois de la physique classique. Il faut en inventer de nouvelles. C'est ce que firent, avec d'autres, les sept physiciens hors du commun auxquels Etienne Klein rend ici hommage : George Gamow, Albert Einstein, Paul Dirac, Ettore Majorana, Wolfgang Pauli, Paul Ehrenfest et Erwin Schrödinger.
    Formant l'avant-garde de la science européenne du début du XXe siècle, ces hommes, qui ont en commun d'avoir été, chacun à sa façon, des génies, sont parvenus, par des travaux d'une audace extraordinaire, à comprendre les lois étranges qui régissent le comportement de la matière. A travers eux se dessine l'histoire d'une époque et d'un bouillonnement intellectuel intense, qui demeure unique dans l'histoire de la physique.

    édition : 2016

    8,00 €
  • Krivine : Comprendre sans prévoir, prévoir sans comprendre

    L'idée que comprendre permet de prévoir est une idée moderne. Elle est fondée sur la découverte que le monde physique obéit à des lois (Galilée, et surtout Newton). Elle a mis fin à la pensée magique et elle est à la base de la révolution scientifique et du monde moderne. Or nous assistons à la dissociation de ces deux choses. D'une part, on réalise par exemple que les lois mathématiques de certains phénomènes, mêmes parfaitement connues, sont si sensibles à la moindre imprécision dans les données que cela rend la prévision impossible en pratique.
    C'est le fameux "effet papillon" : un battement d'ailes à Rio pourrait être la cause d'une tornade au Texas. D'un autre côté, la puissance des big data rendrait inutile, selon certains essayistes et quelques scientifiques, le raisonnement théorique. On n'aurait plus besoin de comprendre les causalités puisque la corrélation suffirait. Un retour au CASSINI Moyen Age en somme, aux recettes qui ont marché, mais avec des données des millions de fois plus nombreuses.
    En termes économiques, on a découvert avec la révolution scientifique qu'une explication théorique coûtait moins cher que certaines observations : Newton avait prévu l'aplatissement de la Terre sans qu'on ait besoin d'aller voir aux pôles ; aujourd'hui grâce à la rapidité des ordinateurs et des réseaux, les termes de la comparaison s'inversent. A ceci, Hubert Krivine répond notamment que les big data et l'intelligence artificielle qui se fonde sur elles sont conservatrices, et que si elles conviennent aux assureurs, elles ne peuvent pas prévoir des choses nouvelles et extraordinaires.
    Les ordinateurs composent aujourd'hui sur demande du Mozart ou des ballades celtiques, aucun n'invente de musique nouvelle. Ils conduisent des voitures, mais aucun n'explique le mystère de la "matière noire". La machine peut aider l'homme, elle ne le remplacera pas.

    édition : juin 2018

    12,00 €
  • Krivine : De l'atome imaginé à l'atome découvert, contre le relativisme

    Mal aimée, mal comprise, parfois crainte, la science est également malmenée par les tenants du "tout se vaut" qui la dénigrent au rang d'opinions, voire de simples croyances. On y croit ou on n'y croit pas, à chacun sa vérité...
    Dans un langage plus recherché, certains voient dans la science une "narration du monde" socialement construite, propre à une époque et à une région du monde, et dont les prétentions à l'objectivité sont abusives. C'est ignorer à quel point la démarche qui conduit à la vérité scientifique est particulière. Les auteurs de ce livre font revivre les débats suscités pendant deux mille cinq cents ans par cette question primordiale : la matière est-elle une substance continue, ou est-elle formée de briques indivisibles, les atomes ?
    En retraçant les dernières étapes de sa résolution, ils montrent comment la science se construit, au milieu des controverses et grâce à elles. Ce n'est jamais un fait isolé qui emporte l'adhésion des scientifiques, mais la façon dont une théorie nouvelle s'insère dans le réseau dense et imbriqué de tous les faits connus, et apporte sur eux un nouvel éclairage.
    édition : mars 2015

    22,50 €
  • Krivine Hubert : L'IA peut-elle penser ? mirage ou miracle de l'intelligence artificielle

    "Les machines un jour pourront résoudre tous les problèmes, mais jamais aucune d’entre elles ne pourra en poser un !"
    Prophétie quelquefois attribuée à Albert Einstein

    L’appellation intelligence artificielle (IA) est la source de bien des fantasmes d'apocalypse ou de paradis lorsqu’elle peut faire accroire qu'il s'agit d'une intelligence, mais "en mieux". L'IA moderne travaille essentiellement à partir de corrélations tirées de l'analyse statistique de millions - voire de milliards - de données. Il convient donc de s’interroger sur le rôle des corrélations dans la genèse de l'intelligence, humaine comme artificielle. Or, qu’elles soient causales ou pas, les corrélations permettent de prévoir, ce qui suffit dans bien des cas. Mais permettent-elles de comprendre, et surtout d'expliquer ? Est-ce même encore nécessaire, à l’heure des Big Data ?

    SOMMAIRE
    Préface
    – Introduction –
    1. Science « dure », science « molle » –
    2. L’intelligence de l’IA en questions –
    3. L’intelligence humaine en questions –
    4. L'IA et les fake-news –
    5. La prévision est un art difficile surtout pour le futur –
    Épilogue. L’IA, la COVID-19 et la crise
    – Bibliographie
    – Index

    ÉDITION : avril 2021

    15,90 €
  • Krivine Hubert : La Terre, des mythes au savoir

    DISPONIBLE VERS LE 10 MAI 2011 Cet ouvrage relève de la philosophie des sciences, mais son thème a des résonances actuelles puisqu'il aborde la résurgence des fondamentalismes religieux. A notre époque, le rejet de la vérité scientifique a deux sources. L'une est la lecture littéraliste des textes sacrés, l'autre est un relativisme en vogue chez certains spécialistes des sciences humaines, pour qui « la science est un mythe au même titre que les autres ». Jacques Bouveresse résume ainsi le propos de l'ouvrage : Un des objectifs principaux de ce travail était, par conséquent, de « réhabiliter la notion réputée naïve de vérité scientifique contre l'idée que la science ne serait qu'une opinion socialement construite ». Sur l'exemple qui y est traité avec une maîtrise et une autorité impressionnantes, le lecteur qui aurait pu en douter se convaincra, je l'espère, qu'il peut y avoir et qu'il y a eu réellement, dans certains cas, un passage progressif du mythe au savoir, ou de la croyance mythique à la connaissance scientifique, qui a entraîné l'éviction de la première par la seconde, pour des raisons qui n'ont rien d'arbitraire et ne relèvent pas simplement de la compétition pour le pouvoir et l'influence entre des conceptions qui, intrinsèquement, ne sont ni plus ni moins vraies les unes que les autres. Hubert Krivine veut donc expliquer sur un exemple précis : la datation de l'origine de la Terre, et la compréhension de son mouvement, comment, à la différence des vérités révélées, s'est construite une vérité scientifique.

    26,40 €
  • Krivine Hubert : Petit traité de hasardologie

    hasard, soit « pas par hasard », on comprend que rien ne saurait échapper à un prétendu « traité de hasardologie ».

    Voilà pourquoi, le lecteur trouvera ici pêle-mêle des considérations sur l'astrologie, la mécanique quantique, les scores du football et les blagues de Coluche.
    Ce "traité" relie des idées élémentaires et intuitives à des connaissances plus savantes dispersées dans bien des livres, mais rarement réunies dans un ouvrage de vulgarisation. Puisqu'il s'adresse à un large public, les mathématiques n'y sont qu'exceptionnellement tolérées et toujours à titre facultatif.

    septembre 2016

    14,00 €
  • Leakey : La sixième extinction, évolution et catastrophes

    L'histoire de la Terre est ponctuée d'extinctions de masse qui, par cinq fois, ont détruit jusqu'à 95 % des espèces vivantes. L'hypothèse la plus répandue aujourd'hui attribue ces catastrophes naturelles à la collision d'un astéroïde avec notre planète ; en outre, ces extinctions ne sont plus assimilées à des trous noirs de l'évolution car elles ont provoqué, à terme, des sursauts d'inventivité de la vie. Qui en réchappe, enfin ? Là encore, les scientifiques ont revu la thèse darwinienne de la sélection naturelle par le niveau d'adaptation des espèces à leur environnement : les mammifères n'étaient pas mieux adaptés que les dinosaures qu'ils ont remplacés à la fin du Crétacé. Chaîne du vivant en dents de scie, sauts qualitatifs d'une espèce à celle qui lui succède, part de l'aléatoire dans la sélection naturelle : telle est la révolution scientifique qu'évoquent Richard Leakey et Roger Lewin. Mais, avec cette histoire de la complexité croissante de la vie, ils appellent aussi de leurs voeux une prise de conscience : au moment où la croissance démographique et l'exploitation frénétique des ressources naturelles risquent de provoquer la sixième extinction de masse, ils nous rappellent que l'aptitude proprement humaine à admirer la nature devrait avoir pour corollaire le souci d'en protéger la diversité, fruit de quatre milliards d'années. 340 pages édition : janvier 1999

    10,00 €
  • Martin Jean-Pierre : Emancipation de la psychiatrie, des garde-fous à l'institution démocratique

    La politique de santé mentale est aujourd’hui réduite à une régulation néolibérale faite de mesures sécuritaires d’enfermement et de gestion comptable.
    Les soignants sont à nouveau les garde-fous d’un nouvel « ordre protectionnel » médicalisé.

    L’auteur, psychiatre de service public, postule la possibilité d’une psychiatrie d’émancipation à partir du déjà-là de sa propre pratique et de celle des alternatives désaliénistes.
    Il est possible, de « libérer la folie » de ses contraintes et de subvertir les politiques de santé mentale administrée au sein d’un service public de santé mental, démocratique, respectueux des droits humains des patient·es et inséré dans la cité.
    En forme d’utopie concrète, le plaidoyer de Jean-Pierre Martin s’appuie sur sa propre pratique psychiatrique associant humanisme, éthique professionnelle, lutte contre l’enfermement et la raison d’État, analyse institutionnelle et… allers-retours entre Freud et Marx.

    édition : avril 2019

    20,00 €
  • Melchior Hugo : Blouses blanches et gwenn ha du

    Hugo Melchior: « Blouses blanches et Gwenn Ha Du: La grève oubliée des étudiants en médecine de Rennes »

    introduction de Robi Morder :
    Le grand mérite du travail qu’’Hugo Melchior met à disposition des lectrices et des lecteurs, au-délà du cas singulier de cette « grève oubliée » des carabins de Bretagne, c’est de rappeler que derrière un grand mouvement national – c’est le cas ici avec la protestation contre la Loi Debré et la réforme des DEUG – se déroulent une multitude de micro-mobilisations aux motivations différentes, hétérogènes. Et la convergence, si elle élargit un rapport de forces, peut aussi « noyer » les revendications spécifiques dans les revendications générales du groupe social qui les porte.
    Pour ne prendre que 1973, dont la mémoire collective garde l’image de l’entonnoir qui couvre le chef de Michel Debré, l’histoire nous rappelle qu’il y eut également en février des grèves dans les IUT pour la reconnaissance des diplômes dans les conventions collectives, l’incendie du collège Pailleron à Paris et le début d’une mobilisation contre l’insécurité des bâtiments scolaires que la grève contre la Loi Debré a à la fois continué et effacé ; l’histoire nous rappelle – au travers notamment des photographies et des actualités filmées – que dans l’enseignement technique, outre les revendications spécifiques relatives à la reconnaissance des diplômes, la crainte du chômage (et oui, déjà !), contre « le CET usine », la sécurité des bâtiments et machines, les mots d’ordre et banderoles dénonçaient le racisme. Ils préfiguraient les problématiques touchant l’ensemble de l’enseignement secondaire actuel.
    L’auteur utilise l’image et des témoignages, bien souvent dévalorisés. Pourtant, ce qu’ils apportent, c’est au moins de l’épaisseur humaine. Quels habits, quelles coupes de cheveux, quelle largeur des rues dans lesquelles s’écoulent les cortèges, quels équipements des forces de l’ordre, etc. L’image nous dit beaucoup du climat d’une époque, d’un environnement. De même le témoignage, s’il est souvent peu fiable dans le détail des évènements (confusions de dates, de lieux) rapporte une ambiance, un contexte. Evidemment, il faut recouper, éclairer les sources les unes par rapport aux autres. En allant à la recherche de ce que la mémoire efface, en mobilisant les sources et ressources : archives, presse, tracts, témoignages, photographies, et en les recoupant Hugo Melchior fait œuvre d’historien.
    Ce n’est pas le premier mouvement des étudiants en médecine en France, ni la première mobilisation étudiante ou lycéenne, ni la première manifestation d’une spécificité bretonne, certes, mais en ces premiers mois de 1973 l’on a affaire à une véritable conjonction multisectorielle de mobilisations qui se nourrissent les unes des autres. Et Hugo Melchior montre bien comment, au travers des revendications manifestes l’on a de manière latente l’expression d’aspirations régionales qui peuvent servir de liant, de ciment, entre ces diverses arènes. Et dans ces secteurs, la répertoire d’action collective ne doit rien à la génération spontanée, sans non plus relever de la manipulation par des minorités : assemblées générales, coordinations, comités de grève, organisation des manifestations doivent à la rencontre entre l’expérience de militants, d’habitus collectifs – notamment renouvelés dans l’après 1968 – et aspirations démocratiques à la prise en main collective de ses propres affaires dans un milieu scolarisé qui se sent apte, de par son niveau de connaissances, à contrôler les délégataires d’un pouvoir de représentation. L’auteur nous renvoie ainsi aux acquis de la sociologie politique.
    Je ne peux conclure sans relever la brûlante actualité du livre d’Hugo Melchior sur deux plans : celui de l’usage de la manifestation comme du « maintien de l’ordre », mais, surtout la situation de la médecine et de la santé. Comment ne pas penser aux effets dramatiques du numerus clausus sur notre système sanitaire et hospitalier ? Ces carabins bretons nous font réfléchir : ils mobilisent leur corporation, mais sans corporatisme. En défendant leurs intérêts immédiats ils n’agissent pas pour des intérêts de caste, mais pensent à leur place dans la société, au service de la société reprenant, sans forcément y penser, ce que la charte d’Amiens dénommait la « double besogne quotidienne et d’avenir» du syndicalisme.
    Robi Morder Paris, le 27 novembre 2020

    édition : décembre 2020

    15,00 €
  • Morand : La prochaine peste, une histoire globale des maladies infectieuses

    Craintes et parfois diabolisées, les maladies infectieuses font pourtant partie intégrante de l'histoire de l'humanité. L'homme est en effet l'espèce animale la plus parasitée sur terre, étant l'hôte de plus de mille parasites et pathogènes. La majorité d'entre eux sont d'origine animale, et beaucoup sont partagés avec les animaux sauvages ou domestiques.
    S'appuyant sur les dernières avancées scientifiques, cet essai propose un panorama inédit des relations évolutives entre les hommes et les primates non humains, mais aussi des relations écologiques que nous entretenons avec les autres animaux, par le biais de la chasse et de la domestication. Si ces relations sont à l'origine du parasitage des humains, on oublie trop souvent que nous pouvons aussi transmettre des maladies aux animaux.
    Les émergences ou réémergences actuelles de maladies infectieuses comme Ebola, Zika ou les grippes aviaires et porcines doivent être appréhendées à la fois dans le cadre historique de cette longue co-évolution et dans un cadre géographique global lié à la mondialisation des échanges.
    L'urgence est d'en tirer des leçons pour la gestion des crises sanitaires actuelles et futures./p>édition : novembre 2016

    20,00 €
  • Ravelli : La stratégie de la bactérie, enquête au cœur de l'industrie pharmaceutique

    Médicaments qui tuent, essais cliniques biaisés, corruption des experts : l'industrie pharmaceutique est au centre de scandales largement médiatisés.
    Au fil des procès, on dénonce des conflits d'intérêts et des manquements à l'éthique professionnelle. Mais cibler les symptômes saisonniers d'un système permet-il de remédier à ses vices de constitution ?
    C'est cette question qu'affronte cet ouvrage, issu d'une enquête de cinq ans, en décrivant la vie d'un médicament ordinaire : un antibiotique sans histoire consommé chaque année par plus de six millions de patients. Dans les bureaux du service marketing ou dans les mallettes des visiteurs médicaux qui s'efforcent d'influencer les prescriptions des médecins, entre les mains des ouvriers et des chimistes comme auprès d'experts et de lobbyistes aux positions enchevêtrées... Ses pérégrinations dans les méandres du premier groupe pharmaceutique européen révèlent l'alliage instable de la santé et du profit dans la construction de la valeur d'une marchandise médicale.

    A travers cette biographie d'un médicament, ce sont les multiples facettes d'une industrie qui, en pleine crise économique et malgré des scandales à répétition, maintient des taux de profit exceptionnels que ce livre permet de comprendre : comme les bactéries plongées dans un environnement hostile, elle manifeste par ses mutations une étonnante capacité de résistance...
    édition : janvier 2015

    23,50 €
  • Sahlins : äge de pierre, âge d'abondance

    Qu'en est-il de l'économie dans les sociétés primitives ?
    À cette question fondamentale, la réponse classique de l'anthropologie économique est la suivante : l'économie archaïque est une économie de subsistance et de pauvreté, elle parvient au mieux à assurer la survie du groupe incapable de sortir du sous-développement technique. Le sauvage écrasé par son environnement écologique et sans cesse guetté par la famine et l'angoisse, telle est l'image habituellement répandue.
    Travestissement théorique et idéologique des faits, réplique ici tranquillement un anthropologue et économiste américain de réputation internationale.
    Passant des chasseurs australiens et Bochimans aux sociétés néolithiques d'agriculteurs primitifs telles qu'on pouvait encore les observer en Afrique ou en Mélanésie, au Viêt-nam ou en Amérique du Sud, relisant sans parti pris les textes connus et y ajoutant des données chiffrées, Marshall Sahlins affirme, avec autant d'esprit que d'érudition, que non seulement l'économie primitive n'est pas une économie de misère, mais qu'elle est la première et jusqu'à présent la seule société d'abondance.

    Comme le dit Pierre Clastres dans sa présentation : «Si l'homme primitif ne rentabilise pas son activité, c'est non pas parce qu'il ne sait pas le faire, mais parce qu'il n'en a pas envie.» Tout le dossier de la question est à reprendre.

    édition : mars 2017

    9,80 €
  • Stenglers : Une autre science est possible

    Comme le fast food, la fast science, c'est vite fait, pas bon et pas très digeste ! Une économie spéculative - avec ses bulles et ses krachs - s'est emparée de la recherche scientifique : les chercheurs doivent intéresser des « partenaires » industriels, participer aux jeux guerriers de l'économie compétitive. Conformisme, compétitivité, opportunisme et flexibilité : c'est la formule de l'excellence. Mais comment poser publiquement la question d'un désastre lorsque l'on ne veut pas que le public perde confiance en « sa » science ? Les mots d'ordre comme « Sauvons la recherche » font consensus, alors qu'ils ne posent surtout pas la bonne question : « De quoi faut-il la sauver ? »

    Isabelle Stengers montre que les chercheurs doivent cesser de se prendre pour le « cerveau pensant, rationnel, de l'humanité», refuser que leur expertise serve à faire taire l'inquiétude de l'opinion, à propager la croyance en un progrès scientifique inéluctable capable de résoudre les grands problèmes de sociétés. Il s'agit pour eux de nouer des liens avec un public potentiellement intelligent et curieux, c'est-à-dire aussi de produire des savoirs dignes de cette ambition.
    En 1903, le philosophe américain William James (1842-1910) publiait « Le poulpe du doctorat ». Il éprouvait une telle répugnance vis-à-vis de l'enseignement académique qu'il se présentait comme un outsider, voire un charlatan. Au regard des plus récentes inventions institutionnelles visant àévaluer les chercheurs, les examens auxquels James s'en prend apparaissent pourtant comme d'innocents archaïsmes... Le poulpe enlace les chercheurs plus puissamment que jamais.

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